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AUTOMNE/HIVER 2006/2007, Vol. 8 No 2

SIDA 2006

À travers un objectif long

Depuis 1989, le photographe Jake Peters a assisté à tous les congrès internationaux sur le sida sauf un. Voici ses impressions — et ses images — du plus récent.

Michael Cress et Glenn Betteridge, CanadaJohn S. James, E-UElizabeth Gold, Canada

C’EST PAR l’entremise de mon cousin Andrew Zysman, urgentologue de San Francisco et membre des Bay Area Physicians for Human Rights et d’ACT UP Golden Gate, que j’ai assisté au Ve Congrès international sur le sida (CIS) en 1989 à Montréal, mon premier.

J’y ai interviewé et photographié. J’y ai créé une nouvelle carrière pour moi-même. J’y fus témoin de la colère, de la frustration, du désespoir, des appels à l’aide et à la compréhension et, aussi, des premiers signes avertisseurs du désastre exponentiel à venir.

J’ai assisté à tous les congrès internationaux depuis Montréal sauf celui de Genève en 1998.

Lors du congrès de Berlin en 1993, des militants qui souffraient avec le virus depuis cinq ans ont exigé d’être reconnus comme des « survivants à long terme ». C’est la première fois que j’ai entendu cette expression. La plupart de ces personnes, dont beaucoup d’amis et de collègues — et mon cousin Andy — sont mortes.

En 1994, 10 ans après mon exposition initiale au VIH, a commencé pour moi une lutte de 18 mois contre des infections opportunistes que j’ai failli perdre.

Ma convalescence a débuté dans un sac de papier rempli de capsules de saquinavir qui m’a été donné à mon congé de l’hôpital Wellesley de Toronto en février 1996. L’hôpital n’existe plus — moi oui.

Même si j’étais malade, j’étais déterminé à participer au XIe CIS à Vancouver. J’ai réussi à y être et à présenter une trentaine de mes photos dans une exposition intitulée « HIV Phobia ».

Le congrès de Vancouver en 1996 demeure l’expérience la plus significative pour moi, comme pour plusieurs autres. C’est là que la multithérapie antirétrovirale a fait son apparition.

Edgar Carrasco et Renate Koch, VenezuelaDr. Irene Silva, Francisco Porto Ribeiro et Vera Aveleira, Portugal

Le congrès de Vancouver a aussi marqué le début du faux espoir et de la confusion qui piègent tant de gens dans un mensonge qui les fait croire qu’ils peuvent s’adonner aux comportements sexuels des années 70, comme si le sida n’était rien de plus qu’une irritation sociale. Il y a trop de stigmatisation et trop peu de discussion, et les taux d’infection continuent de grimper.

Le XVIe CIS, qui a eu lieu l’été dernier à Toronto, ne m’a pas impressionné. Ayant assisté à tant de conférences et regardé la pandémie s’étendre au fil des décennies, j’y ai constaté des échecs : toujours pas de politiques de prévention; toujours un manque d’engagement de la part des personnes qui pourraient et devraient faire quelque chose pour freiner ce rouleau compresseur déchaîné.

Le plus grand succès dont je fus témoin à Toronto a été les actions courageuses et sincères des délégués de la Treatment Action Campaign d’Afrique du Sud et de l’alors envoyé spécial de l’ONU, Stephen Lewis. Ils ont suffisamment embarrassé le gouvernement sud-africain pour qu’il accepte enfin ses responsabilités et change ses politiques meurtrières. L’Afrique du Sud se joint tardivement à la lutte — mais qu’en est-il du Canada? Et du reste du monde? Quels progrès pourront être réalisés avant la tenue du prochain congrès international à Mexico en 2008? Je compte y être pour en être témoin.

Que les manifestations commencent

Grange ParkManifestationDre Jane Aronson

LA SCÈNE ÉTAIT mise dans le Grange Park, à quelques pas du site du congrès SIDA 2006. Là, sous un soleil chaud de la mi-août, Terri Ford, directrice du programme mondial de défense des droits de la AIDS Healthcare Foundation, a présenté des orateurs de partout au monde. L’événement avait pour but d’assurer la distribution de traitements antisida — un quart de siècle après le début de l’épidémie — dans les endroits où les médecines et les services sont rares pour les personnes qui en ont désespérément besoin.

Successivement, les orateurs ont revendiqué la fin des obstacles et des retards. Le thème de la manif était « Traitements antisida maintenant ».

Des orateurs de l’Inde, du Rwanda, de l’Ouganda, du Cambodge et du Mexique ont décrit la chance qu’ils avaient de figurer au nombre des rares personnes qui pouvaient se procurer des antirétroviraux pour assurer leur survie et leur santé. Ils ont imploré que cette même possibilité soit donnée aux populations désespérées de leurs pays.

Du côté des orateurs des pays riches, Barbara Lee, membre du congrès américain de la Californie, et la Dre Jane Aronson, présidente de la Worldwide Orphans Foundation, ont exhorté les auditeurs dans le parc à faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils concrétisent et mettent en oeuvre des politiques visant à accélérer la distribution des traitements, de l’éducation et de la prévention et pour qu’ils rejettent les attitudes moralisatrices axées sur la « seule abstinence », qui ne fonctionne pas.

Dre Penny Lutung avec ses clientesTerri FordSokun Sann

Le Canada a accueilli trois congrès internationaux sur le sida : Montréal en 1989, Vancouver en 1996 et Toronto en 2006. Un seul premier ministre a daigné se rendre à l’événement : il s’agit de Brian Mulroney à Montréal.

Lors du congrès de Toronto, 1000 taies d’oreiller portant des messages dénonçant l’absence du Premier ministre Stephen Harper ont été distribuées aux délégués pour être exposées durant la cérémonie d’ouverture.

Un membre du gouvernement avec qui j’ai parlé a défendu le premier ministre, disant : « Devrait-il être là pour se faire huer? »

Peut-être, s’il avait fait face au public et montré du leadership en essayant de faire la bonne chose, aurait-il été applaudi. Mais nous ne le saurons jamais — il ne nous en a pas donné l’occasion.

Un étalage honteux

Karabo Moraka et Bob Phato« Traitements » antisida recommandés

L’AFRIQUE DU SUD, le plus riche des pays subsahariens, a payé un prix humain astronomique dans cette épidémie; dans ce pays, on déplore environ 1000 morts des suites du sida chaque jour depuis le congrès de Durban il y a six ans. « Si ces morts étaient le résultat d’une agression étrangère, nous serions sur le pied de guerre », a affirmé le Dr François Venter, président de la South African HIV Clinicians Society. Au contraire, nous savons que la police sud-africaine a déjà tiré sur des manifestants qui réclamaient des traitements contre le sida.

J’ai abordé deux représentants officiels du gouvernement sud-africain, Bob Phato et Karabo Moraka, à leur stand d’exposition. Sur le mur étaient affichés des exemples de leur traitement à la lime, à l’ail et à la betterave. Sur un panneau audacieux on pouvait lire ceci : « La réponse antisida d’Afrique du Sud : la plus exhaustive du monde ». Je leur ai demandé de justifier cette affirmation, mais il n’en ont pas été capables. Pourquoi ces gens se sont-ils donné la peine d’assister à un congrès mondial sur le sida?

Les militants de la TAC ont manifesté devant le stand, soulignant l’incapacité du gouvernement sud-africain de venir en aide à sa population, maudissant leur ministre de la santé, Manto Tshabalala-Msimang, et dénonçant la théorie du complot voulant que le VIH ne cause pas le sida. Brandissant une poignée de condoms féminins qu’il avait trouvés sur le stand, le manifestant Mandla Majola a déclaré que ces derniers étaient inaccessibles dans les régions rurales et coûtaient trop cher pour les femmes qui en avaient besoin.

Mandla Majola, TACLinda Mafu, TAC

Quand vint le moment de la cérémonie de clôture, où Stephen Lewis a vilipendé le gouvernement sud-africain pour son inaction, MM. Phato et Moraka avaient disparu.

Post-scriptum : En novembre 2006, le dossier VIH/sida a été transféré du ministre de la santé sud-africain au sous-ministre de la santé Nozizwe Madlalala-Routledge qui n’a pas tardé à reconnaître publiquement la faiblesse du leadership de son gouvernement dans la lutte contre le VIH/sida. Les membres de la TAC ont ensuite annoncé : « Le combat de huit ans pour mettre fin au déni et à la confusion est terminé. L’attention portée à la mobilisation locale et globale et l’humiliation douloureuse essuyée par le pays à Toronto ont créé un espace où le gouvernement et la société civile peuvent relever conjointement le défi de sauver des vies. »

 

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS

La production de ce site Web a été rendue possible grâce à une contribution de l'Agence de santé publique du Canada.

  Dans ce numéro

Table des matières

Lettre de la rédaction

Pause-Jasette

À travers un objectif long

Nouvelles du front

Plein feux sur les femmes

L'accessibilité pour tous

Bonnes nouvelles sur la horizon

Quand le VIH se pointe à la porte

Espoir et colère

L'art d'être positif

Crédits

 

Link to the CATIE website
Réseau canadien d'info-traitements sida

Canadian AIDS Treatment Information Exchange