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AUTOMNE/HIVER 2006/2007, Vol. 8 No 2

SIDA 2006

De bonnes nouvelles à l’horizon

David McLay fait le point sur les nouveaux médicaments prometteurs… tant pour le traitement des patients jamais traités que pour les patients déjà traités.


LES PROGRÈS réalisés dans le traitement du VIH qui ont été rapportés lors du Congrès international sur le SIDA 2006 à Toronto ont à maintes reprises été comparés — défavorablement — à ceux présentés à Vancouver une décennie plus tôt. Il est vrai que SIDA 2006 n’a fait état d’aucun progrès « révolutionnaire » comme ce fut le cas des inhibiteurs de la protéase à Vancouver. Cependant, si on examine le congrès torontois de plus près, on remarquera qu’il existe plein de nouveaux médicaments que les personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH) — notamment celles en traitement depuis plusieurs années déjà — devraient chercher à mieux connaître.

Un changement de modèle

L’histoire des PVVIH présentant un virus résistant aux médicaments n’a pas fait couler toute l’encre qu’elle aurait dû lors du SIDA 2006. Manifestant les premiers signes d’un changement d’attitude par rapport aux options de traitement, certains chercheurs ont cessé d’utiliser le terme « traitement de sauvetage » pour désigner ces thérapies que l’on donne en dernier recours aux patients en attendant qu’une nouvelle option convenable voie le jour. Ces chercheurs estiment que des médicaments nouveaux et améliorés sont à notre porte et ils offrent comme preuves les résultats prometteurs obtenus grâce aux inhibiteurs de l’entrée (tels que le maraviroc) et aux inhibiteurs de l’intégrase (tels que le MK-0518). (Voir « Quand le VIH se pointe à la porte ».)

Certains médecins ont même avancé qu’il était peut-être temps de viser les mêmes objectifs pour les PVVIH qui en sont à leur troisième ou quatrième combinaison qu’on le fait actuellement pour les patients qui commencent un premier traitement, soit une charge virale indécelable et un compte des CD4+ stable ou à la hausse. Il s’agit cependant d’un optimisme réservé parce que ces médicaments sont nouveaux. Nos expériences avec la lipodystrophie et les autres complications métaboliques nous ont appris que les effets secondaires à long terme ne surviennent qu’après un usage prolongé.

Les nouveaux médicaments

Selon la sagesse actuelle en matière de traitement, les PVVIH ont besoin de prendre au moins trois médicaments anti-VIH provenant d’au moins deux classes différentes afin de constituer une combinaison efficace (également appelée régime ou multithérapie antirétrovirale). L’existence de davantage de médicaments, et surtout de nouvelles classes de médicaments, augmente le nombre de combinaisons possibles.

Ainsi, ce fut une grande nouvelle lorsque les chercheurs présents au SIDA 2006 ont présenté des rapports sur trois nouvelles classes de médicaments qui ciblent des étapes différentes du cycle de reproduction viral. Les inhibiteurs de l’entrée — notamment le maraviroc, le vicriviroc et le TNX-355 — empêchent le VIH d’entrer dans les cellules CD4+. L’action de l’inhibiteur de l’intégrase MK-0518 consiste à empêcher le matériel génétique du VIH d’usurper le matériel génétique des cellules. Enfin, l’inhibiteur de la maturation bévirimat estropie la nouvelle particule du VIH pour qu’elle soit incapable d’infecter d’autres cellules.

Les chercheurs ont aussi parlé de plusieurs nouveaux médicaments appartenant aux classes que nous connaissons déjà. Il s’agit d’un nouvel inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (INNTI) appelé TMC125, de deux nouveaux inhibiteurs de la protéase (IP) appelés darunavir et brécanavir et d’une nouvelle formulation appelée Atripla, qui se prend une seule fois par jour. Pour mettre ces nouveaux médicaments en contexte, jetez un coup d’oeil au graphique représentant le cycle de vie viral.

Résister la résistance

L’arrivée de tous ces nouveaux médicaments se traduira en nouvelles options thérapeutiques à l’avenir. « Les gens vivent plus longtemps, donc nous avons besoin de nouveaux médicaments », dit Ryan Bureyko, coordonnateur des ressources sur les traitements à la Toronto People With AIDS Foundation. En effet, puisque le virus acquiert une résistance aux médicaments au fil du temps, les PVVIH se voient obligées de modifier leur combinaison une fois après l’autre. Et, d’ordinaire, lorsqu’un médicament a déjà servi, on ne peut y avoir recours de nouveau, ce qui rend ardus les efforts pour construire une nouvelle combinaison. Plus il y a de médicaments, plus les chances de succès augmentent. M. Bureyko aide ses clients à comprendre leurs options de traitement et ce, peu importe leur expérience précédente des médicaments. Il conseille les PVVIH qui ont épuisé plusieurs options et qui s’inquiètent de ne pas pouvoir créer une nouvelle combinaison. Il soutient également les PVVIH qui s’apprêtent à commencer leur première combinaison.

Puisque les combinaisons de première intention offrent heureusement un bon choix, « les nouvelles classes ne s’appliquent pas nécessairement aux personnes qui prennent des antirétroviraux pour la première fois, d’affirmer M. Bureyko. Toutefois, les nouveaux traitements et les nouvelles classes de médicaments sont absolument essentiels pour les patients déjà traités ». Qu’il s’agisse d’une première ou d’une troisième combinaison, l’observance thérapeutique est cruciale au succès. L’observance peut constituer un dur travail, donc les PVVIH qui ont de la difficulté à cet égard devraient chercher de l’aide auprès de leurs proches, d’un intervenant, d’une infirmière ou d’un médecin.

Les nouvelles classes de médicaments pourraient offrir de l’espoir aux personnes qui en sont à leur troisième ou quatrième combinaison. « Plusieurs personnes cherchent mon soutien par rapport au traitement lorsqu’elles se trouvent dans la catégorie des patients qui sont résistants à deux médicaments d’une même classe parce que cela veut dire qu’ils sont résistants à tous les médicaments de cette classe ». Face à un choix de plus en plus limité, « ces personnes finissent par éprouver le même genre de peur, d’anxiété et de dépression qu’elles n’ont sans doute pas connues depuis des années », ajoute-t-il.

Mais ce ne sont pas seulement les PVVIH déjà traitées qui s’inquiètent de ne pas créer une combinaison efficace. Un nombre croissant de PVVIH sont infectées par des souches virales déjà résistantes. Lors de son diagnostic en 2005, Jean-Marc de Montréal a découvert qu’il était porteur d’un VIH qui résistait déjà à tous les INNTI. « Apprendre que je dois désormais vivre avec le VIH a été un choc, dit-il. Puis j’ai appris que mon virus était apprivoisé et avait développé une résistance à toute une classe de médicaments. Même si je ne comprenais pas complètement le diagnostic, j’étais bouleversé. »

Pour les PVVIH comme Jean-Marc, les rapports provenant du SIDA 2006 sur le nouvel INNTI TMC125 suscitent beaucoup d’enthousiasme. Les essais cliniques de phase III montrent que ce dernier permet de réduire la charge virale de manière sûre et efficace. Le mieux, c’est que ce médicament agit contre des virus qui sont résistants à d’autres INNTI. « C’est une très bonne nouvelle, s’exclame Jean-Marc. Je suis nouvellement infecté et n’ai pas encore commencé à prendre des médicaments, mais je me sens mieux en sachant qu’il existera peut-être un INNTI que je pourrai utiliser pour combattre le VIH lorsque le moment de commencer arrivera. »

L’accès élargi

Apprendre l’existence d’un nouveau médicament prometteur est une chose, y avoir accès est une autre. Lors du SIDA 2006, on a annoncé la création de programmes d’accès élargi pour deux médicaments en voie de développement. Le fabricant de médicaments Merck-Frosst a annoncé que son inhibiteur de l’intégrase MK-0518 serait accessible dans le cadre d’un programme d’accès élargi mondial pour les personnes qui ont épuisé leurs options thérapeutiques et qui risquent de tomber malades ou de voir leur système immunitaire s’affaiblir. Les PVVIH qui s’intéressent à ce programme devraient en parler avec leur médecin. Le volet canadien de la compagnie Tibotec Pharmaceuticals a également annoncé la création d’un programme d’accès élargi pour le TMC125.

« Le fait qu’un médicament comme le MK-0518 soit disponible par le biais de l’accès compassionnel me paraît formidable, autant comme professionnel que comme personne vivant avec le VIH/sida, déclare M. Bureyko. Lorsque Fuzeon et le ténofovir ont été mis à la disposition des personnes vivant avec le VIH sur une base compassionnelle pour la première fois, j’ai vu de mes propres yeux combien de vies ont été sauvées. Malgré toutes les médisances dirigées contre les compagnies pharmaceutiques, il ne faut pas oublier que nous vivons plus longtemps maintenant et que les médicaments ont contribué à cela. »

Un petit avertissement

Alors, étant donné tous ces traitements prometteurs, est-il temps d’ouvrir le champagne? Pas tout à fait, conclut M. Bureyko. « Il faut garder son sang-froid quand il s’agit des nouveaux traitements. Il faut être le genre de personne qui demande des preuves. C’est la clé pour ne pas virer fou dans le monde chaotique des traitements. » La réalité est que plusieurs médicaments, peut-être même certains des agents présentés lors du SIDA 2006, n’aboutiront jamais sur les tablettes des pharmacies. À titre d’exemple, mentionnons que le fabricant GlaxoSmithKline a mis fin au développement de l’IP brécanavir à la fin 2006 à cause de problèmes liés à la formulation du médicament.

En guise de conclusion, M. Bureyko offre la perspective suivante : « Nous devrions nous rappeler que nous disposons déjà de plusieurs traitements efficaces. Nous n’en sommes plus au début des années 80, alors qu’on se dépêchait pour mettre l’azt sur les tablettes, provoquant ainsi plus de morts et de maladie que le VIH/sida semblait le faire à l’époque. Si un médicament n’arrive jamais sur les tablettes, c’est tant mieux. »

Voulez-vous en savoir plus?

Cet article n’offre qu’un survol rapide des médicaments anti-VIH en voie de développement. S’il a piqué votre intérêt, visitez www.catie.ca pour trouver des ressources et des liens où vous pourrez vous renseigner davantage. Sachez aussi que TraitementSida de CATIE est disponible gratuitement par abonnement électronique. Visitez https://www.catie.ca/ mailing.nsf/Subscribef pour vous inscrire.

David McLay est rédacteur et réviseur chez CATIE, où il aide à gérer des projets de publication tout en rédigeant de l’information accessible sur les traitements. Dans le cadre du présent projet, il a collaboré avec les membres de l’équipe des services d’éducation et de soutien en matière de traitements de CATIE.

Illustration : Moe Asem

Votre guide sur les essais cliniques sur le VIH

Pour le meilleur ou pour le pire, les sciences ont leur propre langage. Mais cela ne doit pas vous empêcher de comprendre. Voici une liste de termes qui apparaissent dans les documents sur les essais cliniques sur le VIH. Pour obtenir une liste exhaustive de termes importants, visitez www.catie.ca/thesaurus.nsf/mchc.

Jamais traité
décrit une PVVIH qui n’a jamais pris de médicaments anti-VIH;

Déjà traité
décrit une PVVIH qui a déjà pris au moins une combinaison de médicaments anti-VIH;

Traitement de première intention
la première combinaison donnée à une PVVIH qui commence à prendre des médicaments anti-VIH; l’objectif de ce traitement consiste à réduire la charge virale jusqu’à un niveau indécelable;

Traitement de sauvetage
une combinaison de médicaments donnée à une PVVIH qui a déjà reçu plusieurs combinaisons différentes qui ont fini par échouer; l’objectif de ce traitement consiste à réduire le plus possible la charge virale;

Efficacité
le degré de succès obtenu grâce au médicament; dans le cas du VIH, l’efficacité se détermine presque toujours par une réduction de la charge virale et, parfois, une augmentation des cellules CD4+;

Innocuité
il s’agit de déterminer si le médicament cause des problèmes de santé dangereux ou bien des effets secondaires insupportables;

Essai clinique de phase I
la première étape de l’évaluation d’un médicament; il s’agit d’examiner l’innocuité du médicament chez un faible nombre de personnes et d’observer le comportement du médicament dans le corps;

Essai clinique de phase II
la deuxième étape de l’évaluation d’un médicament; il s’agit de déterminer si le médicament est efficace chez un plus grand nombre de personnes et de vérifier en profondeur son innocuité;

Essai clinique de phase III
la troisième étape de l’évaluation d’un médicament; la dernière étape de l’évaluation d’un médicament avant l’approbation; il s’agit de comparer le médicament à d’autres traitements couramment utilisés tout en continuant d’en évaluer l’efficacité et l’innocuité et ce, auprès d’un grand nombre de personnes;

Essai clinique de phase IV
réalisé après que le médicament a été approuvé et commercialisé, il s’agit d’observer comment le médicament est utilisé dans le contexte clinique et de surveiller les risques potentiels.

 

 

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS

La production de ce site Web a été rendue possible grâce à une contribution de l'Agence de santé publique du Canada.

  Dans ce numéro

Table des matières

Lettre de la rédaction

Pause-Jasette

À travers un objectif long

Nouvelles du front

Plein feux sur les femmes

L'accessibilité pour tous

Bonnes nouvelles sur la horizon

Quand le VIH se pointe à la porte

Espoir et colère

L'art d'être positif

Crédits

 

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Canadian AIDS Treatment Information Exchange